UN FESTIVAL DE DANSE ET CULTURE TIKAR: Ngambe tikar 2012

Chers jeunes de l’Arrondissement de Ngambe tikar,

 

Le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui nous appelle à une prise de conscience de ce que nous sommes et d’où nous venons. Ceux qui auront compris que seul le regroupement autour des objectifs communs constitue l’unique moyen de se faire une place dans ce monde complexe, auront gagné le pari de franchir le cap qui mène au bien-être.

Le Cameroun, notre pays depuis plus d’une décennie s’érige peu à peu en un havre démocratique dont la lame de fond reste son émergence à l’horizon 2035.

Pour atteindre cet objectif, mieux cette vision des hommes politiques et les y accompagner, chaque citoyen, partout où il se trouve, quel que soit son bord, doit pouvoir la traduire en réalité. Or, ceci ne peut être possible que par une prise de conscience collective des enjeux de l’heure. Ces enjeux s’articulent autour de certains piliers que sont :

  • La préservation de la paix,
  • La justice sociale,
  • Le travail,
  • Le développement.

Chacun de nous partout où il se trouve doit faire siennes ces exigences.

Notre arrondissement, l’Arrondissement de Ngambé-Tikar s’est-il vraiment arrimé à cette nouvelle vision du monde ?

Permettez-nous d’en douter car, depuis plus de 10 ans, nous avons reculé considérablement. Les acquis que nous avions engrangés parfois de haute lutte semblent s’être disloqués comme un château de cartes. Notre fleuron le Comité de Développement de l’Arrondissement de Ngambé-Tikar (CODANTI), qui avait alors suscité beaucoup d’espoir s’est effondré comme une tour de sable. Les égoïsmes et les divisions intestines ont pris le pas sur la solidarité légendaire qui a permis au peuple tikar de barrer la route aux expéditions expansionnistes du Lamido de Tibati et dont la face visible reste les tranchées, symboles de la ruse et du dynamisme du Tikar.

Quant à la jeunesse, elle semble sombrer dans le chaos de l’alcoolisme, de l’argent facile, de la prostitution et du manque de respect à l’égard des aînés. L’Elite qu’elle soit intérieure ou extérieure se caractérise par sa quasi démission des grands enjeux qui interpellent notre Arrondissement.

Quant à nos chefs traditionnels symbole de l’unité, du sacré et de la réserve, on a du mal à lire dans leurs gestes et mouvements, cette volonté de fédérer autour d’eux leurs fils et filles dans l’optique de canaliser les énergies et d’en tirer les grands profits pour les communautés dont ils ont la destinée. Ils se comportent parfois comme de simples citoyens prenant vertement gain et cause pour tel ou tel groupe, selon que leur intérêt personnel les y guide, exacerbant ainsi les divisions au sein de leurs  communautés. Pourtant, ils devraient être les seules alternatives crédibles de part leur posture de dépositaire des vertus ancestrales et de part leur neutralité.

 

Chers jeunes,

Ce tableau macabre de la vie de notre Arrondissement ne doit pas nous faire penser que rien de positif n’y est fait. Il existe encore et fort heureusement, çà et là, des hommes et des femmes qui ont su préserver le sens de l’honneur et du respect des valeurs de l’humanité. Qu’il est loin le temps de ces ténors dont la seule intonation de voix  faisait fléchir tout genou. Par leur amour pour nous, ils ont parfois au prix de leur sang, défendu notre patrimoine commun. Ils nous ont légué un patrimoine riche, des terres fertiles, une flore et une faune fournie, un patrimoine culturel et artistique des plus précieux et une solidarité à toute épreuve. Qu’avons-nous fait de cet héritage ? Pouvons-nous affirmer aujourd’hui que le peuple tikar reste uni et prospère ?

La forêt qui nous été légué pour le bien de tous semble être la source des divisions et la chasse gardée de certains qui en ont fait leur patrimoine personnel, se comportant parfois comme de véritables prédateurs qui ne reculent devant rien. Tant mieux si cette manne du ciel a fait quelques heureux parmi nous. Cependant, le sentiment qui se dégage de l’exploitation des ressources forestières montre s’il est encore besoin qu’elle nous a apporté plus de mal que de bien.

Aujourd’hui, des fractions sociales sont plus profondes, les égoïsmes ont atteint leur paroxysme, les clans se forment et se liguent les uns contre les autres. Pourtant,  la forêt comme don de la nature n’est pas éternelle. Elle finira un jour par disparaître comme c’est presque déjà le cas. Il convient nous semble-t-il de nous tourner vers le futur. Le futur c’est nous la jeunesse, c’est nous le fer de lance, c’est nous l’avenir de notre Arrondissement. C’est pourquoi, il est grand temps que nous prenions en main notre destin et l’orienter vers des horizons nouveaux, si nous voulons échapper au jugement implacable de l’histoire. Il s’agit pour nous de tisser une toile de solidarité, de promouvoir nos valeurs culturelles et artistiques, de donner à l’agriculture la chance d’éclore  et de faire de l’éducation de la masse jeune une priorité. Bref, nous constituer en véritable acteur de développement, car si nous ne prenons pas conscience maintenant, demain il sera peut-être trop tard.

C’est la raison pour laquelle, certains jeunes dynamiques de notre arrondissement conscient des enjeux du développement qui nous interpellent ont cru devoir mettre en place le concept d’une semaine culturelle et sportive qu’ils projettent organiser pendant les festivités marquant la célébration de la nouvelle année 2013. Il convient d’ores et déjà de noter qu’il ne s’agit pas là d’un mouvement à caractère politique ou politisé. Il ne s’agit non plus d’un terreau fertile où viendrait s’abreuver les thuriféraires de cet art. Nous entendons marquer un  hiatus avec le monde politique, car, par cette action, nous voulons magnifier les vertus culturelles et artistiques du peuple tikar dans la perspective de montrer aux yeux de l’opinion nationale et internationale le génie de ce peuple millénaire dont les échos ont traversé les siècles et les frontières.

Il s’agit pour nous de nous abreuver à la source de la sagesse de chez nous, sur nos terres, des vertus de conquérants et de bâtisseurs qui ont caractérisé nos ancêtres. Il s’agit enfin de créer ou encore de confirmer l’identité tikar et la rendre plus visible aux yeux du monde afin de court-circuiter tous ceux qui, d’ici ou d’ailleurs ont fait du peuple tikar leur fonds de commerce au mépris de nos intérêts.

Chers jeunes,

Il s’agit là d’un vaste projet dont il ne faut nullement avoir peur et qui va nous demander beaucoup de sagacité, beaucoup de courage, beaucoup de sacrifice, beaucoup d’humilité et de tolérance, mais et surtout un sens aigu de l’intérêt collectif. Personne n’y sera de trop, personne n’y sera exclu si tous ensembles, nous tenons ce cap comme nos aïeuls en leur temps. Car tous unis nous vaincrons le sous-développement, unis nous bâtirons un Arrondissement de Ngambé-Tikar prospère et fier de ses enfants, unis nous rendrons aux filles et aux fils tikar leur fierté et leur honneur.

Pour y arriver, nous avons besoin de fédérer toutes les énergies en commençant par les dépositaires du pouvoir sacré, ensuite l’élite, puis la femme et bien évidemment toute la jeunesse de Kong, de Nditam, de Gah, de Beng-Beng et de Ngambé-Tikar. Tous ensembles donnons-nous la main au-delà de nos différences, de nos intérêts personnels.

 

 

 

NINKO Abraham

 

 

 

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